Prévention de la migraine: un casse-tête?

« Solutions performantes pour vos patients » La série d’articles « Solutions performantes pour vos patients » s’intéresse aux traitements alternatifs qui peuvent apporter des solutions efficaces aux différents problèmes de santé de vos patients. Comme la santé de l’être humain ne tient pas qu’aux pilules qu’il ingère ou aux produits qu’il se met sur la peau, nous toucherons aussi, lorsque pertinent, aux autres facettes d’une approche globale. Il sera donc question, selon le cas, des autres facteurs comme l’activité physique, certains conseils nutritionnels ou d’autres recommandations pertinentes. Le but de cette chronique est d’offrir à vos patients des outils efficaces, sécuritaires et adaptés à leur réalité pour soulager leurs divers troubles de santé. Pour le premier article de cette série, il sera question de solutions pour nos patients souffrant de migraine. Prévention de la migraine La migraine est une maladie incapacitante qui n’a rien à voir avec la céphalée usuelle. On peut combattre ou endurer un mal de tête, mais c’est impossible avec une migraine. Quelques statistiques sur la migraine Statistique Canada nous apprend que 8,3% des Canadiens, soit 2,7 millions de personnes, souffrent de migraine.1 Au Québec, la prévalence est un peu moindre, avec 6,8%. Les femmes sont 2,5 fois plus susceptibles que les hommes de souffrir de migraines (11,8% vs 4,7%). L’âge moyen du diagnostic est de 26 ans et les personnes entre 30 et 49 ans sont les plus atteintes. Par contre, on peut souffrir de migraine à tout âge.1 Prévention générale La tenue d’un journal alimentaire demeure la meilleure méthode pour déterminer les déclencheurs alimentaires spécifiques au patient. Dans plusieurs cas, l’acuponcture, l’ostéopathie et la chiropractie donnent de bons résultats. Les techniques de gestion du stress peuvent également être très utiles. Magnésium Le magnésium est un minéral essentiel qui intervient dans une multitude de réactions enzymatiques intracellulaires. Je l’ai surnommé « le minéral oublié » parce qu’on en parle vraiment trop peu. (Consultez http://www.jydionne.com/plus-de-magnesium-plus-en-sante/ ) Carence et signification du taux circulant Au Québec, on estime que 34,8% des adultes n’obtiennent pas l’apport suffisant de magnésium, soit 41,9% des hommes et 27,7% des femmes.2 Le problème avec cette carence endémique est qu’il est très difficile de la mesurer. En effet, le magnésium circulant n’est pas un bon reflet de la concentration intracellulaire. Le corps compte normalement environ 20 à 28 g de magnésium réparti de la façon suivante : 60-65% dans les os, environ 27% dans les muscles, 6-7% dans les autres cellules du corps et moins de 1% dans les liquides extracellulaires. Comme le corps favorise le maintien des taux circulants au détriment des réserves, il devient très difficile d’interpréter le taux circulant de Mg qui est étroitement contrôlé par le rein. Ainsi, une prise de sang peut démontrer un taux circulant tout à fait normal, même en présence d’une carence en Mg.3 Par exemple, dans une étude sur l’effet d’un supplément de magnésium sur la maladie parodontale, les résultats ont été cliniquement significatifs, mais il n’y a pas eu d’impact mesurable sur le taux sanguin: 0,79 mmol/l +/-0,12 sans supplément vs 0,78 mmol/l +/-0,07 avec supplément.4 Rôle du magnésium et effet d’une carence La carence en magnésium est impliquée dans de nombreux phénomènes reliés à la migraine. Par exemple, la dépolarisation corticale (cortical spreading depression), qui explique probablement l’aura de la migraine, est associée à la carence en Mg. Cette carence est aussi impliquée dans la libération de neurotransmetteurs, l’agrégation plaquettaire, la vasoconstriction, etc., tous des phénomènes impliqués dans la migraine. La libération de substance P, qui pourrait être liée à la douleur de la migraine, est augmentée par la carence en Mg.5 Le Mg est également impliqué dans le contrôle des récepteurs NMDA glutamate qui jouent un rôle dans la transmission de la douleur et dans la régulation du flot sanguin cérébral.5 Effet du Mg sur la migraine: études cliniques Dans une étude pakistanaise datant de 2013, 33 patients migraineux ont reçu 500 mg de magnésium sous forme d’oxyde (33 Mg ; 44 contrôles). Les auteurs rapportent que les patients sous Mg ont eu une réduction de la sévérité de migraines.6 Cette étude n’est publiée que sous forme de lettre, il y manque donc plusieurs informations pour juger de sa pertinence. Dans une autre étude, 40 participants (30 Mg et 10 contrôles) ont reçu soit 600 mg de magnésium (sous forme de citrate), soit un placébo. L’effet sur la migraine a été mesuré non seulement par une échelle analogue, mais aussi par tomographie à émission unique de photon (Single Photon Emission Computerized Tomography (SPECT)). À l’échelle analogue, les résultats montrent une réduction de 50% de l’intensité (p < 0,001) et une réduction de la fréquence (moyenne avant de 3 par mois (2 à 5) vs après de 2,5 (0 à 3) (p < 0,001)) chez les patients sous Mg alors qu’il n’y a eu aucun changement dans le groupe placébo. Les résultats de la tomographie (SPECT) confirment ceux de l’échelle analogue.7 Une étude sur le magnésium intraveineux en aigu (2 g avec métoclopramide) n’a pas été concluante.8 Magnésium combiné à d’autres PSN Quelques études ont aussi utilisé le magnésium en prévention, mais combiné à d’autres substances connues. Par exemple, 133 patients ont reçu soit 500 mg de magnésium sous forme d’oxyde, soit 500 mg de L-Carnitine, soit la combinaison des 2, soit un placébo, durant 12 semaines. Il n’y a pas eu de distinction significative entre les groupes de traitement, mais par rapport au placébo, le nombre de migraine a été réduit de 4 crises en moyenne dans les groupes traitement alors qu’il est virtuellement resté le même (réduction de 0,12) dans le groupe placébo.9 Finalement, une étude a évalué l’effet d’une combinaison de 400 mg de riboflavine, 300 mg de magnésium (citrate et oxyde) et 100 mg de Tanacetum parthenellum (grande camomille) standardisé à 0,7% parthénolides prise quotidiennement durant 3 mois. Les participants du groupe contrôle prenaient 25 mg de riboflavine. L’étude n’a pas détecté de différence notable entre les deux groupes.10 On peut noter que les doses dans cette étude sont plus faibles que celles recommandées habituellement. Augmentation des prescriptions de magnésium Il semble y avoir un engouement … Lire la suite de Prévention de la migraine: un casse-tête?