diéte et carences nutritionnelles

Connaissez-vous la meilleure alimentation qui soit? Celle qui comblerait parfaitement vos besoins, sans risque de carences nutritionnelles?

On entend souvent dire que, si vous faites telle ou telle diète, vous avez un risque important de carences nutritionnelles. Cette affirmation sous-entend qu’un type d’alimentation est meilleur que les autres, qu’il y a forcément une alimentation idéale, ne causant pas de carences nutritionnelles. Quelle est donc cette alimentation?

Alimentation contemporaine occidentale

L’alimentation occidentale est loin d’être parfaite. Il n’y a qu’à regarder n’importe quelle foule pour voir que nos concitoyens ne rayonnent pas de santé. L’obésité et le diabète sont devenus épidémiques. Les guides alimentaires, qui avaient comme but principal de réduire les maladies cardiaques, ont échoués lamentablement.

Mais qu’est-ce donc que la «diète occidentale» ?

L’alimentation occidentale est caractérisée par 1 :

  • Une importante part de sucres rajoutés
  • Une consommation importante de produits transformés
  • Beaucoup de fritures
  • Une proportion importante de grains, surtout de farines blanches blanchies
  • Peu de bons gras. Eh oui! Contrairement à ce qui est véhiculé, notre alimentation n’est pas riche en gras!2

Maladies de société? Suivez le guide alimentaire…

Quelle est la cause de l’épidémie d’obésité, de diabète et de maladies cardiaques? Le discours officiel remâche, depuis des années, que c’est parce que nos concitoyens ne font pas suffisamment d’exercice et qu’ils ne suivent pas les recommandations alimentaires.

Pas assez d’exercices, peut-être, quoique la fréquence d’activité physique durant les loisirs a augmenté de 47 à 120% entre 1988 et 2006.3

Pour ce qui est des recommandations alimentaires, ils les ont suivi (voir le graphique ci-dessous)!!! 2

Les Américains ont suivi les recommandations alimentaires

Source : Nutrition Coalition 2

Malheureusement, la diète occidentale entraine beaucoup plus de carences nutritionnelles que ce qu’on veut bien croire. Dans notre société pourtant riche, on observe des carences en fer, en iode, en vitamine D, en magnésium, en calcium, en vitamine B12 et en vitamine A.4 Selon les divers auteurs, on peut également en noter plusieurs autres : vitamine C, autres vitamines B, etc.

D’ailleurs, les aliments ultra-transformés existent en réponse aux demandes des différents guides alimentaires qui affirment que les gras, surtout les gras saturés, sont mauvais pour nous et que les grains doivent constituer la base de notre alimentation. Le graphique ci-dessus est éloquent: la population a bel et bien suivi les recommandations des guides alimentaires. Elle a réduit de façon appréciable les gras, surtout saturés, augmenté les grains, les fruits et légumes, etc. Et pourtant, la santé générale est moins bonne que durant les années 1960!

La science alimentaire

Pour éviter les carences insidieuses et améliorer la santé de la population, il serait donc logique de se tourner vers une alimentation qui répond mieux à ses besoins nutritionnels. Jayson B Calton s’est intéressé à cette idée et a comparé 4 diètes populaires 5 :

  • Atkins for Life
  • The South Beach Diet
  • DASH (Dietary Approach to Stop Hypertension)
  • Best Life Diet

Il a constaté que 6 nutriments étaient systématiquement déficients dans ces diètes pourtant «scientifiques»: la vitamine B7 (biotine), la vitamine D, la vitamine E, le chrome, l’iode et le molybdène. De plus, pour obtenir en quantité suffisante tous les nutriments nécessaires au maintien d’une bonne santé en mangeant selon ces régimes, il faudrait consommer environ 27 000 calories par jour! 5

Si le fait de suivre une diète, même une parmi les plus documentées comme la diète DASH (la « préférée » de plusieurs professionnels) entraine un risque de carence nutritionnelle, faut-il s’inquiéter quand on nous met en garde contre tel régime ou façon de manger qui causera des carences?

Le grand problème des carences dans notre société

Dans une société riche, les carences aigües sont rarissimes. Ceci étant dit, la carence aigüe en vitamine D chez l’enfant entraine le rachitisme, et cette maladie existe bel et bien ici, au Canada.6 Par contre, les carences les plus fréquentes sont subcliniques, ce qui signifie que les taux sanguins et/ou les apports sont juste en-dessus des valeurs santé.

Le problème avec les carences subcliniques est que les signes et symptômes prennent beaucoup de temps à se manifester. En voici quelques exemples :

  • Une carence aigüe en vitamine B12 donne une forme d’anémie, mais la carence chronique se manifeste, 10 à 20 ans plus tard, par des troubles neurologiques de type démence. À ce moment, il est malheureusement trop tard pour la renverser. Notez que les végétaliens sont particulièrement à risque de carence en vitamine B12.7
  • Une carence aigüe en vitamine K affecte la coagulation. Une carence chronique subclinique peut affecter la formation osseuse et entrainer l’apparition d’ostéoporose. Elle pourrait même être impliquée dans le développement des maladies cardiaques en favorisant la calcification des artères.
  • Une carence aigüe en vitamine D entraine rachitisme et ostéomalacie, mais en carence chronique, elle peut affecter l’immunité, augmenter le risque de cancer, en plus d’être un facteur d’ostéoporose.8

Les divers nutriments agissent tous à plusieurs endroits dans le corps. Leurs carences peuvent donc être associées à plusieurs maladies ou syndromes. De plus, les apports nécessaires pour prévenir les carences et désordres à long terme sont plus élevés que ceux nécessaires à court terme. Ceci est d’ailleurs l’argument de Dr Robert Heaney, qui défend la nécessité d’une révision importante de la notion des apports nutritionnels recommandés.

En présence de carences nutritionnelles

L’alimentation n’est pas suffisante pour corriger efficacement les carences, qu’elles soient chroniques ou aigües.9

Je n’ai pas la prétention d’avoir trouvé l’alimentation parfaite. Certaines sont mieux que d’autres, mais la majorité, pour ne pas dire tous les types d’alimentation sont déficients dans plusieurs nutriments. Malheureusement, le renversement de ces carences simplement par des conseils alimentaires est très ardu, voire utopique dans de nombreux cas.

Comme les signes et symptômes des carences nutritionnelles peuvent n’apparaitre que plusieurs années plus tard, l’usage de suppléments, nutriments concentrés, est non seulement logique, mais nécessaire.9 Pensons simplement à l’anémie ferriprive. Renverser une anémie par des conseils alimentaires est très difficile, voire impossible, particulièrement chez les végétaliens. En effet, les sources de fer végétales sont aussi sources d’acides phytiques qui inhibent l’absorption de nombreux minéraux, dont le fer.

En présence d’une carence confirmée ou suspectée, des suppléments nutritionnels bien dosés et bien indiqués deviennent des outils thérapeutiques nécessaires.

Références:

  1. Deficiency Series: How does the Western Diet Damage our Health? https://www.oxfordvitality.co.uk/western-diet-harm-health
  2. Nutrition Coalition https://www.nutritioncoalition.us/americans-follow-the-guidelines-but-their-health-has-not-improved-1/
  3. Brown RE, Sharma AM, Ardern CI, et al. Secular differences in the association between caloric intake, macronutrient intake, and physical activity with obesity. Obes Res Clin Pract. 2016 May-Jun;10(3):243-55. doi: 10.1016/j.orcp.2015.08.007. PubMed PMID: 26383959. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26383959
  4. Adda Bjarnadottir A. 7 Nutrient Deficiencies That Are Incredibly Common. https://www.healthline.com/nutrition/7-common-nutrient-deficiencies#section6
  5. Calton JB. Prevalence of micronutrient deficiency in popular diet plans. J Int Soc Sports Nutr. 2010 Jun 10;7:24. doi: 10.1186/1550-2783-7-24. PubMed PMID: 20537171; PubMed Central PMCID: PMC2905334. https://jissn.biomedcentral.com/articles/10.1186/1550-2783-7-24
  6. Programme canadien de surveillance pédiatrique https://www.pcsp.cps.ca/uploads/publications/Resultats-2004.pdf
  7. Key TJ, Appleby PN, Rosell MS. Health effects of vegetarian and vegan diets. Proc Nutr Soc. 2006 Feb;65(1):35-41. Review. PubMed PMID: 16441942. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16441942
  8. Heaney RP. Long-latency deficiency disease: insights from calcium and vitamin D. Am J Clin Nutr. 2003 Nov;78(5):912-9. Review. PubMed PMID: 14594776. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14594776
  9. Misner B. Food alone may not provide sufficient micronutrients for preventing deficiency. J Int Soc Sports Nutr. 2006 Jun 5;3:51-5. doi: 10.1186/1550-2783-3-1-51. PubMed PMID: 18500963; PubMed Central PMCID: PMC2129155. https://jissn.biomedcentral.com/articles/10.1186/1550-2783-3-1-51