Chaga: la nouvelle tendance dans les champignons

Chaga (Inonotus obliquus)

Le chaga (Inonotus obliquus) est un champignon qui pousse dans les milieux nordiques de l’hémisphère Nord, dont le Québec et la Russie. D’ailleurs, il semble que ce champignon se développe mieux dans les contrées où la température descend jusque dans les -40 degrés Celsius.1

Le chaga fait partie des «caries du bois» 2 parce qu’il infecte le bois et cause une détérioration visible lors de la coupe avant même que le champignon ne soit visible à l’extérieur de l’arbre. Il pousse directement sur le tronc des arbres vivants, et non sur les souches. Contrairement aux polypores, il ne fait pas de chapeau, mais a plutôt l’aspect d’une galle noirâtre et crevassée, ou d’un morceau de bois carbonisé.

Le chaga porte aussi le nom de champignon du bouleau, tout simplement parce qu’il parasite essentiellement le bouleau. Le bouleau lui transfère d’ailleurs certaines de ses molécules bénéfiques: les acides bétuliniques.

L’histoire du chaga

«Chaga» est le nom que lui ont donné les peuples russes. Ce champignon fait en effet partie de la pharmacopée traditionnelle russe depuis au moins le 12e siècle.3 On lui attribue des usages divers, allant des troubles gastro-intestinaux aux maladies cardiaques, en passant par le diabète et les cancers. Sous forme d’infusion ou de décoction, il est traditionnellement utilisé en Russie pour soigner des fatigues, soulager la douleur et traiter diverses affections du cœur, du foie et de l’estomac.2

Il existe cependant des preuves que l’usage du chaga remonte beaucoup plus loin dans le temps que le 12è siècle. En effet, en 1991, on a retrouvé le corps très bien conservé d’un chasseur vieux de 12 000 ans sous une épaisse couche de glace, à 3 200 mètres d’altitude, dans les Alpes à la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Surnommé Otzi, ce chasseur a été retrouvé avec ses possessions. Dans sa besace, il transportait trois champignons: de l’amadouvier (Fomes fomentarius), du polypore de bouleau (Piptoporus betulinus) et du chaga.

L’amadouvier est ce gros polypore gris qu’on retrouve sur plusieurs espèces de feuillus. Il sert à fabriquer l’amadou, une fibre utilisée pour faire du feu. Le polypore de bouleau et le chaga sont utilisés pour leurs vertus médicinales.3-6 Cette découverte archéologique montre bien que l’usage médicinal des champignons date de bien plus longtemps que nos bases de données électroniques…

Côté science

Plusieurs études chez l’animal confirment l’innocuité de la consommation de ce champignon. Il a été testé à des doses allant jusqu’à 1g/kg chez la souris, le chien et le chat. Cette même dose a été utilisée durant 6 mois chez des rats et des lapins, sans provoquer d’effet toxique.3

Les quelques études cliniques citées dans l’étude de Shikov et al 3 (sur le cancer et le psoriasis) ne sont malheureusement pas disponibles, soit parce qu’elles sont en russe, soit parce qu’elles ne sont pas référencées sur les bases de données.

Sur PubMed, plusieurs études in vivo et in vitro montrent des effets anticancers 7,8, antiviraux 9, etc. Ces références vont dans le même sens que les usages traditionnels et les études cliniques russes citées par Shikov et collaborateurs.

Un médicament du nom de Befungin® contenant un extrait de chaga est commercialisé en Russie pour le traitement des ulcères digestifs.10

Une popularité grandissante

Le chaga est de plus en plus populaire dans certains milieux. Les gens l’utilisent pour ses usages traditionnels, principalement comme tonique pour la fatigue, pour améliorer l’immunité et pour prévenir (traiter ?) le cancer. La Direction des produits de santé naturels a approuvé certains produits de chaga avec des indications générales comme:

  • Source d’antioxydants;
  • Utilisé en herboristerie pour garder une immunité en santé.

Le chaga est disponible en tisane, en teinture et en capsule.

Des alternatives à la coupe du bois

Le chaga est un des produits forestiers non ligneux (PFNL) dont la production se développe au Québec. En effet, avec l’effondrement de l’industrie forestière, plusieurs entrepreneurs et organismes se sont mis à la recherche d’alternatives viables et rentables à la coupe du bois. La commercialisation des champignons forestiers alimentaires (chanterelle, cèpes, etc.) est en croissance, de même que celle des champignons médicinaux, des petits fruits et autres ressources renouvelables. L’organisme Biopterre (http://www.biopterre.com/), centre de développement des bioproduits basé à Lapocatière et à St-Hyacinthe, est très actif dans le développement de cette industrie émergente et prometteuse.

Références:

  1. Biopterre, centre de développement des bioproduits, fiche sur le chaga http://www.biopterre.com/?page_id=739
  2. Boulet, Bruno. Les champignons des arbres de l’est de l’Amérique du Nord. Les publication du Québec. 2003
  3. Shikov AN, Pozharitskaya ON, Makarov VG, Wagner H, Verpoorte R, Heinrich M. Medicinal Plants of the Russian Pharmacopoeia; their history and applications. J Ethnopharmacol. 2014 Apr 15. pii: S0378-8741(14)00282-7. doi: 10.1016/j.jep.2014.04.007. (Epub ahead of print) Review. PubMed PMID: 24742754. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24742754
  4. Grienke U, Zöll M, Peintner U, Rollinger JM. European medicinal polypores – A modern view on traditional uses. J Ethnopharmacol. 2014 Apr 28. pii: S0378-8741(14)00318-3. doi: 10.1016/j.jep.2014.04.030. (Epub ahead of print) Review. PubMed PMID: 24786572. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24786572
  5. Philippe Provencher, le mycophil, Otzi, l’homme des glaces et les champignons médicinaux. http://philippeprovencher.com/2012/12/04/otzi-lhomme-des-glaces-et-les-champignons-medicinaux/
  6. http://www.medicalmushrooms.net/piptoporus-betulinus/
  7. Chung MJ, Chung CK, Jeong Y, Ham SS. Anticancer activity of subfractions containing pure compounds of Chaga mushroom (Inonotus obliquus) extract in human cancer cells and in Balbc/c mice bearing Sarcoma-180 cells. Nutr Res Pract. 2010 Jun;4(3):177-82. doi: 10.4162/nrp.2010.4.3.177. PubMed PMID: 20607061; PubMed Central PMCID: PMC2895696. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2895696/
  8. Lemieszek MK, Langner E, Kaczor J, Kandefer-Szerszeń M, Sanecka B, Mazurkiewicz W, Rzeski W. Anticancer effects of fraction isolated from fruiting bodies of Chaga medicinal mushroom, Inonotus obliquus (Pers.:Fr.) Pilát (Aphyllophoromycetideae): in vitro studies. Int J Med Mushrooms. 2011;13(2):131-43. PubMed PMID: 22135889. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22135889
  9. Pan HH, Yu XT, Li T, Wu HL, Jiao CW, Cai MH, Li XM, Xie YZ, Wang Y, Peng T. Aqueous extract from a Chaga medicinal mushroom, Inonotus obliquus (higher Basidiomycetes), prevents herpes simplex virus entry through inhibition of viral-induced membrane fusion. Int J Med Mushrooms. 2013;15(1):29-38. PubMed PMID: 23510282. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23510282
  10. http://herbika.com/befungin/befungin-chaga-extract.html

Photo : Tomas Čekanavičius – Attribution, CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0) or GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) – via Wikimedia Commons